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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/236

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rateur malouin. Rabelais semble dire que, dans les relations de Jacques Cartier, tout n’est pas vérité. Mais ce qu’il y a de plus singulier pour qui connaît l’esprit de la Renaissance, c’est de voir un humaniste, un helléniste, un latiniste comme Rabelais révoquer en doute l’autorité historique de Philostrate, de Strabon, d’Hérodote et de Pline ; c’est d’entendre une docte et très docte personne, comme Rabelais, se moquer de ces illustres anciens, et prétendre qu’ils parlent par ouï-dire, ainsi qu’un Marco Polo, un Paul Jove, ou tout autre moderne ; cela sort tellement des habitudes communes à tous les savants d’alors, cela est si particulier, que nous pouvons, à ce coup, soupçonner Maître François d’être un grand sceptique et de n’avoir cru à rien au monde, à rien sinon à la misère humaine qu’assiste la pitié et que l’ironie amuse. Douter des récits d’Hérodote en 1540 ! Mais notre bon Rollin n’en doutait pas encore sous Louis XIV !

Après cette dernière escale au pays du Mensonge, Pantagruel et ses compagnons atteignirent enfin le terme de leur voyage. Ils abordent au pays des Lanternes dont la description est prise à l’Histoire véritable, mise si abondamment à profit dans le quatrième livre. C’est bon signe. À ces imitations de Lucien, nous croyons reconnaître notre Rabelais et nous doutons moins d’avoir la clef du temple et le mot de l’oracle. Le Lanternois est peuplé de lanternes vivantes. La reine est