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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/232

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mesurent le saut des puces ; il y en a qui gardent la lune des loups.

Des esprits si avisés ne donnèrent toutefois aucune nouvelle de l’oracle aux Pantagruéliens qui poursuivent leur voyage et débarquent dans l’île d’Odes, où les chemins cheminent. En cette île les routes se meuvent d’elles-mêmes et marchent comme des animaux.

Les habitants demandent :

— Où va ce chemin ? On leur répond :

— À la paroisse, à la ville, à la rivière.

Tout comme ailleurs. Mais en Odes cette réponse est littérale. Les voyageurs prennent le chemin opportun et, sans autrement peiner ni se fatiguer, ils sont portés à destination.

On a conclu de cela que Rabelais avait prévu le trottoir roulant de l’Exposition de 1900. Mais, visiblement, notre auteur, qui s’amuse, joue sur cette façon courante de dire qu’un chemin, part de tel endroit et va à tel endroit.

Ce qui est bien plus digne d’attention dans ce chapitre, c’est le passage que voici :

« Considérant les allures de ces chemins mouvants, Séleucus prit opinion dans cette île d’affirmer que la terre se meut véritablement et tourne sur ses pôles, non le ciel, bien que le contraire nous semble être la vérité. Étant sur la rivière de Loire, il nous semble que les arbres voisins se meuvent. Toutefois, ils ne se meuvent