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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/230

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qui poussent juste au-dessous d’eux. Chacun interprétera le mythe comme il lui plaira.

Puis on nous mène en l’île de Cassade, c’est-à-dire en l’île de Tromperie, de Moquerie. On y voit, entre autres singularités, des rochers carrés, autour desquels ont été faits plus de destructions, plus de pertes de vies et de biens, qu’autour de toutes les Syrtes, Charybdes, Sirènes, Scylles et gouffres de toute la mer. Ces rochers carrés sont des dés à jouer. Rabelais ici, comme un bon prêcheur catholique, s’élève contre les jeux de hasard.

Dans cette île de Tromperie, nous rencontrons des gens dont l’espèce n’est point éteinte : les marchands de fausses antiquités. L’un d’eux vend aux Pantagruélistes un morceau de la coque des deux œufs de Léda, Dans ce même temps, des montreurs de reliques donnaient à toucher, moyennant finance, une plume de l’ange Gabriel.

Les navires pantagruéliens abordèrent ensuite à l’île de Condamnation, où siège la justice criminelle. Les juges qui administrent sont les chats fourrés. Ils ont des chats le pelage et les griffes. Voici le portrait qu’en fait l’auteur : « Ils pendent, brûlent, écartèlent, décapitent, tuent, emprisonnent, ruinent et minent tout. Le Vice est par eux appelé Vertu ; la Méchanceté s’appelle pour eux Bonté ; la Trahison a nom Fidélité, le Larcin, Libéralité. Pillerie est leur devise. Leur méchanceté n’est pas plus connue que la cabale