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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/23

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le Digeste comme Gargantua avec la grosse cloche de Notre-Dame.

Le juge Tiraqueau, qui venait d’épouser en 1512, à vingt-quatre ans, demoiselle Marie Caillé, âgée de onze ans, recherchait les meilleurs moyens d’instruire, éduquer, former sa jeune épouse. À cet effet, il consulta les anciens, et, après avoir conféré une multitude de textes, il composa hâtivement un traité De legibus connubialibus, auquel il fit travailler, à ce qu’on suppose, les jeunes et savants cordeliers de Fontenay et qui fut imprimé en l’an 1513. Voici, en substance, la doctrine de Tiraqueau sur les droits et les devoirs des époux :

La femme est inférieure à l’homme ; à elle d’obéir ; à lui de commander. La nature le veut ainsi.

La force et la raison sont le partage de l’homme.

Il faut choisir une femme qui ne soit ni trop belle ni trop laide, dont la condition soit en rapport avec celle où l’on se trouve soi-même, sans pourtant éviter trop soigneusement d’épouser une fille noble. Il convient de fuir l’hymen des veuves et des filles déjà mûres. Les hommes doivent se marier à trente-six ans ; les filles à dix-huit. (Nous venons de voir que Tiraqueau avait épousé à vingt-quatre ans une fille de onze ans.) On fera bien de s’enquérir de la famille, de la patrie, du caractère de la future épouse.

Fiançailles  : Que les femmes ne s’ornent pas pour d’autres que leurs maris présents ou futurs.