Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/222

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pendant quinze jours sous peine de punition corporelle. Après un délai que nous ne pouvons déterminer, la suspension fut levée.

Le bruit courait en novembre 1552 que Rabelais, jeté en prison, était chargé de chaînes. C’était un faux bruit. L’auteur du Pantagruel était libre, mais il touchait à sa fin. La date et le lieu de sa mort nous sont inconnus. Son épitaphe, composée par Tahureau, donne lieu de croire que des amis l’entourèrent à ses derniers moments et qu’il plaisanta leur douleur.

Colletet dit qu’il mourut à Paris dans une maison de la rue des Jardins et qu’il fut enseveli dans le cimetière Saint-Paul sous un grand arbre qu’on montrait encore au dix-septième siècle.

En ce temps, les poètes et les humanistes se plaisaient à composer les épitaphes des morts illustres. Ronsard consacra à Rabelais une épitaphe en forme d’ode où il le célèbre surtout comme buveur :

Jamais le soleil ne l’a vu,
Tant fût-il matin, qu’il n’eût bu,
Et jamais au soir la nuit noire,
Tant fût tard, ne l’a vu sans boire.
Il chantait la grande massue
Et la jument de Gargantue,
Le grand Panurge et le pays
Des Papimanes ébahis,
Leurs lois, leurs façons, leurs demeures,
Et frère Jean des Entommeures
Et d’Épistémon les combats.