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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/218

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messer Gaster le ventre en personne, premier maître ès arts du monde. Voyage allégorique, s’il en fut, et qui fournit un excellent thème à l’abondante sagesse de Rabelais. L’incomparable auteur nous montre comment messer Gaster est le père des arts :

« Dès le commencement, il inventa l’art de forger le fer et l’agriculture pour cultiver la terre, afin qu’elle lui produisît le grain. Il inventa l’art militaire et les armes pour défendre le grain, la médecine et l’astrologie avec les mathématiques nécessaires pour mettre le grain en sûreté et hors les calamités de l’air, le dégât des bêtes brutes, le larcin des brigands. Il inventa les moulins à eau, à vent, à bras, pour moudre le grain et le réduire en farine ; le levain pour fermenter la pâte, le sel pour lui donner la saveur, le feu pour la cuire, les horloges et cadrans pour connaître le temps de la cuisson de Pain, créature de Grain. Étant advenu que Grain manquait en un pays, il inventa l’art et le moyen de le transporter d’une contrée dans une autre. Par grande invention, il mêla deux espèces d’animaux, ânes et juments, pour production d’une troisième que nous appelons mulets, bêtes plus puissantes, moins délicates, plus dures aux labeurs que les autres. Il inventa chariots et charrettes, pour le porter plus commodément. Quand la mer ou les rivières empêchèrent le trafic, il inventa bateaux, galères et navires (chose de laquelle se sont les éléments étonnés)