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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/217

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chrétien. Au fond, ce qu’il reproche surtout à la politique romaine, manifestée par les décrétales, c’est d’usurper sur la puissance temporelle des rois ; c’est de tirer à Rome l’or de la France. Du dogme, il n’en a souci et se montre à cet égard aussi accommodant que possible. Il ne s’inquiète en aucune façon de la messe et des sacrements. Ce qu’il a grandement à cœur, au contraire, c’est l’intérêt du royaume et du souverain. Il faut se rappeler l’antique querelle des rois de France et des papes : elle remplit l’histoire de la fille aînée de l’Église. Or Rabelais est corps et âme à son pays, à son prince : voilà sa politique, voilà sa théologie !

Ayant quitté l’île des Papimanes, Pantagruel et ses compagnons, sur les confins solitaires de la mer glaciale, entendirent soudain des bruits de voix, les rumeurs d’une foule d’hommes, distinguèrent des syllabes, des mots, et ces paroles dans le désert des eaux leur causaient de la surprise et une sorte d’effroi.

Le pilote les rassura :

— Il y eut ici, l’année dernière, dit-il, une grande bataille. Les paroles des hommes, les cris des femmes, le hennissement des chevaux et tous les bruits de la bataille se sont gelés. Maintenant l’hiver est passé, la chaleur est venue, les paroles dégèlent.

Nous touchons à la fin du quatrième livre.

Pantagruel descend au manoir de messer Gaster,