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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/214

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et ses compagnons abordent l’île des Papimanes.

— L’avez-vous vu ? lui crient d’abord tous les habitants. L’avez-vous vu ?

Panurge, s’avisant qu’ils veulent parler du Pape, leur répond qu’il en a vu trois, à la vue desquels il n’a guère profité.

— Comment ? s’écrient les Papimanes. Nos sacrées décrétales chantent qu’il n’y en a jamais qu’un vivant.

— J’entends, répond Panurge, que je les ai vus successivement, les uns après les autres. Autrement n’en ai-je vu qu’un à la fois.

À ce coup, c’est Rabelais qui parle sous le nom de ce mauvais garnement de Panurge. En effet, Rabelais, au moment où il écrivait le quatrième livre, avait vu trois papes : Clément VII, Paul III et Jules III.

Tout le peuple du pays, hommes, femmes, petits enfants, venus au-devant d’eux en procession, et les mains jointes au ciel, crient :

— Ô gens heureux ! ô bien heureux !

Homenaz, évêque de Papimanie, leur baise les pieds.

Ce prélat les ayant priés à dîner, le repas abondant en chapons, porcs, pigeons, levrauts, coqs d’Inde, etc., fut servi par des filles jeunes, belles, savoureuses, blondelettes, doucettes, de bonne grâce, vêtues de robes blanches à double ceinture, la tête nue, les cheveux noués de bandelettes et rubans de soie violette, semés de roses,