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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/213

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On le hua ; pas un n’en offrit rien ;
Le pauvre diable était prêt à se pendre.
Il s’en alla chez son copartageant.
Le drôle avait la touzelle vendue,
Pour le plus sûr, en gerbe et non battue,
Ne manquant pas de bien cacher l’argent.
Bien le cacha. Le diable en fut la dupe.
— Coquin, dit-il, tu m’as joué d’un tour.
C’est ton métier. Je suis diable de cour
Qui, comme vous, à tromper ne m’occupe.
Quel grain veux-tu semer pour l’an prochain ?
Le manant dit : — Je crois qu’au lieu de grain
Planter me faut ou navets ou carottes :
Vous en aurez, monseigneur, pleines hottes,
Si mieux n’aimez raves dans la saison.
— Raves, navets, carottes, tout est bon,
Dit le lutin. Mon lot sera hors terre ;
Le tien dedans. Je ne veux point de guerre
Avecque toi, si tu ne m’y contrains.
Je vais tenter quelques jeunes nonnains.
L’auteur ne dit ce qui firent les nonnes.
Le temps venu de recueillir encor,
Le manant prend raves belles et bonnes,
Feuilles sans plus tombent pour tout trésor
Au diableleau qui, l’épaule chargée,
Court au marché. Grande fut la risée ;
Chacun lui dit son mot cette fois-là.
— Monsieur le diable, où croît cette denrée ?
Où mettrez-vous ce qu’on en donnera ?

· · · · · · · · · · · · · · ·

Avec quelle fidélité La Fontaine, le meilleur linguiste de son siècle, reproduit les formes de langage, les tours de phrase, le vocabulaire de son modèle !

Mais poursuivons notre voyage à la recherche de l’oracle. Après l’île de Papefiguière, Pantagruel