Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/21

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grecques, lorsque Frère François, plus jeune, s’y essayait, avait acquis par ses connaissances l’estime des plus fameux humanistes.

En ce temps-là, par tous les pays, les adeptes de la science se connaissaient, se recherchaient, formaient comme des confréries secrètes. Ils s’allaient visiter les uns les autres et se livraient entre eux à de doctes entretiens, d’une liberté dont nos conversations académiques ne donnent point l’idée. Où, si l’on ne pouvait se voir, on s’écrivait. La correspondance des savants d’alors répondait à ce que sont, de nos jours, la collaboration aux revues spéciales et les communications à l’Institut. La quantité de lettres érudites échangées entre humanistes est prodigieuse. « Je suis accablé de lettres d’Italie, de France, d’Angleterre et d’Allemagne », dit Henri Estienne. Érasme nous apprend qu’il recevait une vingtaine de lettres par jour et qu’il en écrivait quarante.

Les moines hellénistes de Fontenay fréquentaient les esprits élégants de la contrée : Jean Brisson, avocat du roi, et sa parenté, qui excitaient le Frère François à jeter le froc aux orties, espérant jouir ensuite plus librement de sa conversation ; Artus Caillé, premier lieutenant particulier de Fontenay ; André Tiraqueau, gendre de Caillé, juge à Fontenay ; Aymery Bouchard, président du Tribunal de Saintes, tous humanistes et grands admirateurs de l’antiquité, tous gens à trouver aux Pandectes des grâces infinies et qui,