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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/209

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— Je le veux bien, répondit le laboureur.

— J’entends, dit le diable, que, du profit, nous fassions deux lots. L’un sera ce qui croîtra sur terre, l’autre ce qui sera sous terre. Le choix m’appartient, car je suis diable, issu de noble et antique race. Tu n’es qu’un vilain. Je choisis ce qui sera sous terre. Tu auras le dessus. En quel temps sera la cueillette ?

— À mi-juillet, répondit le laboureur.

— Or, dit le diable, je ne manquerai pas de m’y trouver. Fais ton devoir, vilain, travaille. Je vais tenter de nobles nonnains ; de leur vouloir je suis plus qu’assuré.

La mi-juillet venue, le diable se représenta au champ de touzelle, accompagné d’un escadron de petits diableteaux. Là, rencontrant le laboureur, il lui dit :

— Vilain, comment t’es-tu porté depuis mon départ ? Il convient de faire ici nos partages.

— C’est raison, répondit le laboureur.

Alors, le laboureur commença avec ses gens à scier le blé. En même temps, les petits diables arrachaient le chaume. Le laboureur battit son blé dans l’aire, le vanna, le mit en sacs et le porta au marché pour le vendre. Les diableteaux firent de même et s’assirent au marché, près du laboureur, pour vendre leur chaume. Le laboureur vendit très bien son blé et de l’argent emplit un vieux demi-brodequin, qu’il portait à sa ceinture. Les diables ne vendirent rien ; mais, au contraire,