Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/206

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« Quaresme prenant a les membranes comme la coqueluche d’un moine, l’estomac comme un baudrier, la plèvre comme un bec de corbin, les ongles comme une vrille, etc. »

Tout récemment, un savant physiologiste, compatriote de Rabelais, le docteur Ledouble, a trouvé un sens à ces comparaisons : il paraît que Maître François y montre une grande connaissance de l’anatomie. Je le croirais volontiers. Ce sont jeux de savant. Mais ils sont fastidieux.

Au sortir de l’île de Tapinois, en vue de l’île Farouche, les navigateurs rencontrent une baleine énorme. En bon humaniste, qui parle volontiers grec et latin, Rabelais l’appelle un physetère. Pantagruel harponne l’animal et notre auteur conte la pêche à la baleine avec son exactitude coutumière et en homme qui connaît la technique des arts, métiers et industries. On s’est demandé quel symbole se cache sous cet épisode maritime, et si l’adversaire du carême n’avait pas voulu tuer le jeûne canonique avec ce gros cétacé. C’est chercher bien loin. Comme le fait remarquer M. Abel Lefranc, « une pêche de ce genre était un intermède presque obligé au cours d’une navigation dans les mers de l’Amérique du Nord, où chaque année, à pareille époque, les pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc, de la Rochelle, d’Olonne, de Saint-Jean-de-Luz, et de Ciboure, venaient chasser la baleine, déjà rare dans les parties de l’océan plus voisines de l’Europe ».