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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/204

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Peinant toujours, gelé l’hiver, brûlé l’été,
Sans te vaincre jamais, ô maigre pauvreté !
Qu’il vienne donc ! qu’il vienne enfin, l’Enfant débile
Et divin, si longtemps promis par la Sibylle ;
Qu’il vienne, celui qui, détrônant le hasard,
Doit donner à chacun de nous sa juste part
De pain et de bonheur. Plus de maux, plus de jeûnes,
Les dieux sont bons parfois, mon fils, quand ils sont jeunes.

(Poésies, p. 80.)

Voilà le mythe du vieux Thamous interprété par un poète moderne. M. Salomon Reinach en a donné tout récemment dans son Orpheus une explication plus littérale et plus précise, en le rapportant aux fêtes d’Adonis. Adonis, aimé d’Aphrodite, fut tué à la chasse par un sanglier, et pleuré de son amante. Chaque année, à l’anniversaire de sa mort, les femmes de Byblos pleuraient le jeune dieu, et dans leurs lamentations le nommaient de son nom sacré, Thamouz, qu’on ne prononçait qu’en ces mystères douloureux. Ce culte et ces rites s’étendirent sur toute la Grèce. Tandis qu’ils longeaient les côtes d’Épire, les passagers grecs d’un bateau égyptien, dont le pilote se trouvait avoir nom Thamouz, entendirent crier pendant la nuit : Thamouz, Thamouz, Thamouz panmegas tethnèke, c’est-à-dire : Thamouz le très grand est mort. Le pilote crut qu’on l’appelait et qu’on annonçait ainsi la mort du grand Pan, pan megas. C’est la fin de la légende. Du moins, celle-ci finit-elle gracieusement dans un chœur de pleureuses