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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/202

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notre véridique auteur, versa des larmes grosses comme des œufs d’autruche. L’interprétation qu’il donne du récit mystérieux de Plutarque ne lui appartient pas en propre : on la trouve déjà dans Eusèbe ; elle fut abandonnée quand l’esprit historique et critique, soufflant sur les origines chrétiennes, eut dissipé les fables. On se plut alors à considérer l’apocalypse du pilote égyptien comme un symbole de la mort des dieux antiques :

« Le Grand Pan est mort », cela veut dire, pour les poètes et les philosophes modernes, le monde ancien s’écroule et sur ses décombres s’élève un monde nouveau. Les vieux autels sont désertés, un nouveau dieu est né.

C’est ainsi qu’un poète provençal d’un talent très pur et très fin, Paul Arène, a interprété le vieux mythe de Plutarque, dans un poème intitulé : « Noël en mer. »

Je crois que vous l’entendrez avec plaisir après Plutarque et Rabelais, comme un exemple du rajeunissement d’un vieux thème et de la mobile éternité des légendes. Que ne l’entendez-vous de la bouche de l’artiste consommé dans l’art de dire, que nous avons plusieurs fois applaudi ensemble sur cette même scène ? Sylvain, de la Comédie-Française, dit ce poème admirablement. Je vous en lirai seulement les premiers vers, qui rentrent dans mon sujet.