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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/20

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1488, Aristote en 1498, Platon en 1512. Les lettrés de tous les pays échangent entre eux leurs idées et leurs découvertes. Dans la ville de Bâle, au fond d’une boutique d’imprimeur, un petit vieillard maigre et débile, Érasme de Rotterdam, conduit d’un cœur inlassable l’humanité vers plus de science et de conscience.

En même temps que le passé se révèle dans sa gloire et sa beauté classiques, les navigations de Vasco de Gama, de Colomb et de Magellan font apparaître la vraie figure de la terre, et le système de Copernic, brisant les cercles étroits du ciel astrologique, découvre soudain l’immensité des univers.

En France, les études sont restaurées ; les collèges s’y créent de toutes parts, protégés par les évêques contre la paresse et la barbarie des moines. La scolastique sèche et stérile se meurt : sa mort est, dans le domaine de l’esprit, la mort de la mort. La scolastique est morte ; tout renaît, tout refleurit, tout sourit.

Frère Rabelais, en son couvent de Fontenay, ressentait cette ardeur de savoir et de comprendre qui embrasait alors l’élite des esprits. Là, parmi tous ces moines qui n’étudiaient point de peur d’attraper les oreillons, il se trouvait trois ou quatre religieux, adonnés, comme lui, aux études antiques. L’un d’eux ne nous est connu que par le surnom grec de Phinétos. Un autre est ce Pierre Lamy qui, déjà très avancé dans les études