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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/198

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Pour les deux premières fois qu’il fut appelé, il ne répondit point, mais à la troisième, si. Et lors celuy qui l’appelait, renforçant sa voix, lui cria que quand il serait près de Palodes, qu’il dénonçât que le grand Pan était mort. Épitherses nous contait que tous ceux qui ouïrent le cri de cette voix en demeurèrent fort émerveillés et entrèrent là-dessus en dispute, à savoir s’il serait bon de faire ce qu’il commandait, ou bien de ne s’en entremettre point, mais finablement qu’ils résolurent ainsi ; que, s’ils avaient bon vent, lorsqu’ils passeraient par devant Palodes, que Thamos passât outre sans mot dire ; mais, si d’aventure il y avait calme et qu’il ne tirât point de vent, qu’il criât tout haut ce qu’il avait entendu. Quand ils furent près du rivage, il advint qu’il ne tirait vent ni haleine, et était la mer fort plate ; par quoi ce Thamos, regardant de dessus la proue vers la terre, dit tout haut ce qu’il avait entendu, que le grand Pan était mort. Il n’eut pas plus tôt achevé de dire, que l’on entendit un grand bruit, non d’un seul, mais de plusieurs ensemble qui se lamentaient et s’ébahissaient tout ensemble : et, pour autant que plusieurs étaient présents, la nouvelle en fut incontinent espandue par toute la ville de Rome, tellement que l’empereur Tiberius César envoya quérir ce Thamos, et ajouta tant de foi à son dire qu’il fit enquérir qui pouvait être ce Pan-là. »