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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/191

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» Villon, voyant accompli ce qu’il avait prévu, dit à ses diables :

» — Vous jouerez bien, messieurs les diables, vous jouerez bien, je vous assure. Oh ! que vous jouerez bien ! Je défie la diablerie de Saumur, de Doué, de Montmorillon, de Langès, de Saint-Espain, d’Angers, voire, par Dieu ! de Poitiers, avec leur grande halle, de pouvoir vous être comparée. Oh ! que vous jouerez bien ! »

Cette mort de l’avare Tappecoue, traîné par sa jument, me fait songer malgré moi à la mort de l’impie Panthée, déchiré par les Bacchantes. La fin de Panthée, dans la tragédie grecque, est aussi terrible que la fin de Tappecoue est comique dans le conte pantagruélique. Mais le moine de Saint-Maixent et le roi de Thèbes ont tous deux offensé quelque chose de divin. L’un méconnaît un dieu, l’autre offense un poète. Leur châtiment à l’un et à l’autre était inévitable, nécessaire, conforme à l’ordre universel, et le burlesque de Rabelais égale en grandeur le pathétique d’Euripide.

Ayant quitté le port des Chicanous, la flotte de Pantagruel est assaillie par une effroyable tempête. La mer s’enfle tumultueusement ; le ciel tonne ; l’air est devenu noir ; on ne voit de lumière que celle des éclairs ; les navires se fatiguent sous l’assaut des vagues monstrueuses.

Panurge accroupi sur le tillac tremble, invoque tous les saints, et se lamente :