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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/180

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— Vraiment, dit-il à Panurge, vous êtes un gentil chaland ! Ô le vaillant acheteur de moutons ! Vraiment vous portez le minois non point d’un acheteur de moutons, mais bien d’un coupeur de bourses…

Panurge ne se laissa pas rebuter, et se fit plus pressant.

— De grâce, vendez-moi un de vos moutons. Combien ?

— Mon ami, répondit le marchand, ce n’est viande que pour rois et princes. La chair en est tant délicate, tant savoureuse et tant friande, que c’est baume. Je les amène d’un pays où les pourceaux (Dieu soit avec nous !) ne mangent que mirobolants. Les truyes (sauf l’honneur de toute la compagnie) ne sont nourries que de fleurs d’orangers.

— Mais, dit Panurge, vendez-m’en un et je vous le payerai en roi.

Dindenault ne répond que par un éloge hyperbolique et prolixe de ses moutons. Il en loue les épaules, les gigots, la poitrine, le foie, la rate, les tripes, les côtelettes, la tête, les cornes.

Le patron du navire l’interrompt brusquement :

— C’est trop barguigné. Vends-lui, si tu veux. Si tu ne veux pas, ne l’amuse plus.

— Je lui veux bien vendre pour l’amour de vous, dit le marchand. Mais il me payera trois livres tournois de la pièce en choisissant.

— C’est beaucoup ! fait Panurge ; en nos pays,