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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/18

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chroniqueurs, était mille fois plus admirable que celle des femmes qui vivaient de leur temps. Enfin la ville fut si grandement émue de ce spectacle que le pape Innocent, craignant qu’un culte païen et impie ne vînt à naître sur le corps souriant de Julia, la fit dérober nuitamment et ensevelir en secret. Mais le peuple romain ne perdit jamais le souvenir de la beauté antique qui avait passé devant ses yeux.

La Renaissance en Italie et dans toute l’Europe fut cela. Ce fut l’antiquité retrouvée, les lettres, les sciences antiques restaurées. Quelle vertu féconde, quelle puissance de vie renferment les chefs d’œuvre de la Grèce et de Rome ! Ils sortent de la poussière et soudain la pensée humaine déchire son linceul. De ces vestiges épars, ensevelis depuis plus de mille ans, jaillit une source éternelle de rajeunissement. Les esprits, nourris de scolastique, formés aux disciplines étroites de l’école, trouvent au commerce des anciens une inspiration libératrice. Songez-y ! En ces fragments grecs et latins, que l’on tirait de l’ombre des cloîtres, revivaient deux grandes civilisations, régies par des lois sages, soutenues par des vertus héroïques, honorées par l’éloquence, embellies par la poésie et les arts. Ce monde barbare, mort d’ignorance et d’effroi, comprenons mieux, comprenons tout à fait sa résurrection. Le génie grec fut par lui-même libérateur et sauveur ; mais ce fut surtout l’effort qu’elles firent pour le péné-