Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/179

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en soixante-dix-huit pièces à la gloire de l’industrie française.

En cours de route, Pantagruel tire le gozal du panier où il était enfermé. Le gozal, c’est un pigeon, un pigeon du colombier de Gargantua. Lui mettant à la patte un nœud de soie blanche en signe que tout va bien, Pantagruel le lâche sur le pont, et le gozal vole à tire-d’aile vers le colombier lointain et porte avec son nœud blanc nouvelles des navigateurs. C’est le pigeon messager, le pigeon voyageur, qui n’est pas, comme vous voyez, une invention moderne.

Le cinquième jour de la traversée, un navire est en vue. Les passagers qu’il porte viennent du pays de Lanternois et sont tous Saintongeais. On se salue, on s’accoste. Panurge qui s’est transporté à bord du vaisseau lanternois se prend de querelle avec un marchand de moutons, nommé Dindenault, qui l’appelle lunettier de l’Antéchrist. J’ai oublié de vous dire que Panurge portait des lunettes à son bonnet, ce que Dindenault trouvait extrêmement ridicule. La querelle s’envenima fort. Pantagruel parvint toutefois à l’apaiser. Panurge et Dindenault se donnèrent la main et burent l’un à l’autre. Panurge, qui avait de la rancune, et n’était pas franc du collier, vida un second hanap de vin à la santé du marchand et le pria de lui vouloir vendre un de ses moutons. Dindenault, qui vraiment était d’abord difficile et peu gracieux, prit mal ces ouvertures.