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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/178

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afin d’exalter la marine de son roi, alors que les navigateurs français cherchaient à s’assurer une part du nouveau monde. Rabelais était pour les grands armements. Je ne sais s’il poussait aux constructions navales sans prévoir l’excès des dépenses ; ce qui est certain, c’est qu’il ne travaillait pas pour un syndicat de constructeurs, de fournisseurs et de financiers. Il y avait alors comme aujourd’hui des fournisseurs avides qui volaient le roi. Le roi, quand ils étaient trop riches, les dépouillait. Tels étaient alors l’ordre et l’économie des finances en matière de travaux publics.

Le quatrième jour, nos navigateurs firent escale dans l’île Médamothi « belle à l’œil et plaisante, nous dit-on, à cause du grand nombre des phares et hautes tours marbrines, desquelles tout le circuit est orné », mais qui, portant un nom grec qui veut dire nulle part, pourrait bien ne pas exister. Nous n’en parlerions pas si Gymnaste n’y achetait pour le compte de Pantagruel l’histoire d’Achille en soixante-dix-huit pièces de tapisserie de soie rehaussée d’or et d’argent, ce qui compose une belle suite, et ce n’est pas par un vain caprice que notre auteur nous montre ces tentures ; en ce moment même, le roi Henri II, pour donner l’essor à l’industrie des tissus dans son royaume, faisait exécuter à ses frais des tapisseries de haute lisse ; et Rabelais, à qui cette somptuosité coûte peu, déploie l’histoire d’Achille