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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/177

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qui, de 1534 à 1542, releva le cours du Saint-Laurent et la carte de Terre-Neuve. On disait encore au dix-septième siècle, à Saint-Malo, que Rabelais avait appris de ce navigateur les termes de la marine et du pilotage, et M. Abel Lefranc croit que le pilote Xénomanes, qui conduit la flotte pantagruéline, n’est autre que ce même Jacques Cartier, pilote du roi de France. C’est possible. N’en disputons pas. Il n’y a aucun intérêt à ce que le pilote Xénomanes soit Jacques Cartier ou tout autre, puisque Rabelais ne lui a donné aucun caractère particulier, aucune physionomie propre. Il ne faut pas non plus suivre trop attentivement sur la carte l’itinéraire de Pantagruel, qui ne fait escale que dans des îles allégoriques et dont le voyage est surtout satirique.

Ce qui, toutefois, est vrai, c’est que l’auteur, très jaloux selon son habitude de la grandeur et de la puissance de la France et très attentif à louer le roi son maître, se montre, ici comme ailleurs, fort intéressé au progrès des forces navales du royaume, et quand le roi Henri II, au commencement de son règne, en 1547, eut fait construire de nouveaux navires, Maître François, dans la deuxième édition de son quatrième livre, ajoute des trirèmes, des ramberges, des galions, des liburniques à la flotte du bon Pantagruel qui n’en avait que faire. Mais il se plut à doter de ces bâtiments magnifiques et nouveaux les navigateurs partis à la recherche de la Dive Bouteille,