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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/171

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que Rabelais, dans sa grande comédie pantagruéline, avait joué, sous le nom de Picrochole, un Sainte-Marthe, ami de Puits-Herbault. Néanmoins, c’est l’impiété, la mécréance, le calvinisme, que le Theotimus reproche à Maître François, et l’attaque est bien générale et bien ample, puisque du Bellay et les indulgents prélats de l’Église de France y sont enveloppés. Ce moine enragé envoie Rabelais à Calvin et il le voudrait déjà au diable :

— Plût à Dieu, s’écrie-t-il, qu’il fût à Genève, lui et son pantagruélisme, s’il est encore de ce monde ! Car il avait, au commencement de ce règne, suivi la tourbe des cardinaux renvoyés et relégués à Rome.

Et il nous peint un Rabelais biberon, glouton, cynique, portrait bien faux, qu’on croira longtemps vrai.

S’il avait de nombreux ennemis, il avait aussi de puissants protecteurs et il en comptait autant et plus peut-être à la cour de Henri II qu’il n’en avait trouvé auprès du feu roi, pourtant lecteur et, dit-on, amateur du Pantagruel. Il était bien vu des Guises et du cardinal Odet de Châtillon. Quand il revint en France, non seulement il ne fut point inquiété, mais, déjà curé de Saint-Christophe-du-Jambet, au diocèse du Mans, il fut nommé, le 18 janvier 1550, à la cure de Meudon, près Paris. Si l’on s’en rapporte à des témoignages anciens et non sans valeur, il accomplit