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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/17

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À Fontenay-le-Comte, Rabelais se sentit brûlé d’une soif inextinguible de savoir, de cette soif qui dévorait alors les plus vastes esprits et les âmes les plus nobles. Le grand souffle qui passait à cette heure sur le monde entier, ces tièdes haleines du printemps de l’esprit avaient touché son front.

Avec le génie antique l’humanité renaissait. L’Italie s’était éveillée la première à la science et à la beauté. Dans la patrie de Dante et de Pétrarque, la sagesse antique n’avait jamais pu mourir entièrement. Un fait étrange, conté par un annaliste pontifical du quinzième siècle, Stefano Infessura, est comme le symbole de ce réveil.

C’était le 18 avril 1485 ; le bruit court dans Rome que des ouvriers lombards, en creusant la terre le long de la voie Appienne, ont trouvé un sarcophage romain portant ces mots gravés sur le marbre blanc : julia fille de claudius. Le couvercle soulevé, on vit une vierge de quinze à seize ans, dont la beauté, par l’effet d’onguents inconnus ou par quelque charme magique, brillait d’une éclatante fraîcheur. Ses longs cheveux blonds répandus sur ses blanches épaules, elle souriait dans son sommeil. Une troupe de Romains, émue d’enthousiasme, souleva le lit de marbre de Julia et la porta au Capitole où le peuple, en longue procession, vint admirer l’ineffable beauté de la vierge romaine. Il restait silencieux, la contemplant longuement, car sa forme disent les