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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/169

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Henri II établit au Parlement la chambre ardente qui devait expédier les procès d’hérésie.

Le cardinal du Bellay, dont le crédit était diminué à la nouvelle cour, préférant servir son roi de plus loin, retourna à Rome et y vécut dans l’exil déguisé d’une ambassade. Il appela cette fois encore près de lui Rabelais, qui se trouvait dans la Ville Éternelle au mois de février 1549, lors de la naissance de Louis d’Orléans, deuxième fils de Henri II et de Catherine de Médicis. Nous savons en quel mépris ce grand esprit tenait les astrologues et comme il raillait ceux qui croient qu’il y a au ciel des étoiles pour les princes et non pour les gueux. Pourtant, soit pour complaire à l’ambassadeur, soit pour obtenir la faveur du roi, il tira l’horoscope du nouveau-né et lui prédit un sort favorable, si toutefois il échappait à quelque triste aspect en l’angle occidental de la septième maison. L’astrologue malgré lui, qui savait son Virgile, se rappelait, sans doute, les beaux vers du sixième livre de l’Énéide :


Heu, miserande puer, si qua fata aspera rumpas !
Tu Marcellus eris.

Mais Virgile, quand il faisait prédire par le vieillard Anchise la mort prématurée du fils d’Octavie, ne faisait qu’annoncer un événement accompli. Rabelais risquait une vaticination plus chanceuse. L’enfant royal n’alla pas même jusqu’à la septième maison, et sa mort attesta la fausseté