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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/164

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vertus, et voir naître d’eux lignage héritant les mœurs avec les biens et meubles de leurs pères.

Contre qui Rabelais (car c’est bien lui qui parle par la bouche de son géant), contre qui Rabelais s’indigne-t-il ainsi avec tant de force et d’éloquence ? Contre les mystes, dit-il. Il n’ose les désigner plus clairement. Mais tout le monde, quand parut le livre, reconnaissait, en ces mystes, les moines qui subornaient les filles et les mariaient à l’insu et contre le gré de leurs parents. C’était un des fléaux domestiques les plus redoutés alors. Ces religieux fondaient leurs détestables pratiques sur le droit canon, « Bien sais-je, dit Pasquier, dans ses Recherches sur la France, que, depuis quelques centaines d’années, quelques moines rapetasseurs de vieilles gloses nous ont insinué cette barbare et brute opinion que, de droit canon, le consentement des pères et mères n’était requis, au mariage de leurs enfants, que par honneur et non par nécessité. » C’est contre ces religieux suborneurs et marieurs clandestins que Rabelais s’élève véhémentement. Remarquez, à cette occasion, comme il a tous les tons, le plus noble comme le plus familier, et comme il sait passer, quand il lui plaît, du bouffon au pathétique.

Pantagruel, après avoir pris congé du bon roi Gargantua son père, se rendit au port de Thalasse, près Saint-Malo, accompagné de Panurge, d’Épis-