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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/162

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Le sage prince, considérant que, dans le nombre incalculable des arrêts rendus par Bridoye, un seul avait paru mal fondé, estima qu’il n’y avait pas lieu de sévir.

Voilà un des meilleurs contes de Rabelais, un des meilleurs qui aient été jamais contés en aucun temps et en aucun pays, même dans le pays de La Fontaine et dans le pays de Quevedo.

L’auteur du Barbier de Séville a pris Bridoye à notre auteur et il en a fait Bridoison. Bridoison est stupide. Bridoye était naïf et nous apprenons de lui une grande vérité. Méditons-la, et ne l’oublions jamais. Que les arrêts de la justice soient fondés en droit ou qu’ils soient motivés par le sort des dés, ils n’en valent ni plus ni moins. Voilà la conclusion précieuse de cette histoire. Elle a été écrite par le fils d’un homme de loi. Rabelais, nous le savons aujourd’hui, a été bercé dans les sacs des plaideurs et nourri dans la chicane.

Toujours en souci matrimonial, Panurge interroge un fou, Triboulet. En effet, la vérité sort parfois de la bouche des simples. Mais Triboulet, tout fou qu’il était, ne parla pas plus clairement que les docteurs et les maîtres, et ce dernier espoir fut déçu comme les autres. C’est par Triboulet que finit la grande consultation. Panurge décide qu’il ira interroger l’oracle de la Dive Bouteille.

— Je sais, dit-il à Pantagruel, je sais un