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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/158

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— Vous ne l’avez jamais vue ?

— Que je sache.

— Pourquoi donc doutez-vous d’une personne que vous ne connaissez pas ?

— Pour cause.

— Et si vous la connaissiez ?

— J’en douterais encore plus.

À ce coup, Panurge se met très en colère. Il appelle son page :

— Page, mon mignon, prends mon bonnet et va dans la basse-cour jurer une petite demi-heure pour moi. Je jurerai pour toi quand tu voudras.

Molière, grand Rabelaisien, a mis cette scène dans son Mariage Forcé. — Sganarelle. J’ai envie de me marier. — Marphurius. Je n’en sais rien. — Je vous le dis. — Il se peut faire. — La fille que je veux prendre est fort jeune et fort belle. — Il n’est pas impossible. — Ferai-je bien ou mal de l’épouser ? — L’un ou l’autre. — J’ai une grande inclination pour la fille. — Cela peut être. — Le père me l’a accordée. — Il se pourrait. — Mais, en l’épousant, je crains d’être trompé. — La chose est faisable. — Mais que feriez-vous si vous étiez à ma place ? — Je ne sais. — Que me conseillez-vous de faire ? — Ce qu’il vous plaira.

Le juge Bridoye (il serait pardonnable que vous l’eussiez oublié), le juge Bridoye avait été appelé en consultation, mais il n’avait pu venir. Il avait dû se rendre en toute hâte à Myrelingues où il était cité devant le Parlement pour répondre