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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/154

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Panurge conclut : « Je le serai donc, s’il plaît à Dieu. » Là-dessus, pour l’éclairer, le bon Père lui décrit l’épouse qu’il doit prendre : issue de gens de bien, instruite en vertus et honnêteté, aimant et craignant Dieu.

— Vous voulez, dit Panurge, que j’épouse la femme forte décrite par Salomon. Elle est morte… Grand merci toutefois, mon père !

Quant au médecin Rondibilis, grand explorateur des secrets naturels, il déclara net que la disgrâce tant redoutée à l’avance par Panurge était naturellement des apanages du mariage ; il compara les femmes à la lune et leur reprocha leur hypocrisie : « Quand je dis femme, je dis un sexe tant fragile, tant variable, tant muable, tant inconstant et imparfait (c’est Rondibilis qui parle) que nature me semble, parlant en tout honneur et révérence, s’être écartée de ce bon sens, par lequel elle avait créé et formé toutes choses, quand elle a bâti la femme. Et, y ayant pensé cent et cinq cents fois, je ne sais qu’en penser, sinon que, forgeant la femme, elle a eu égard à la sociale délectation de l’homme et à la perpétuité de l’espèce humaine plus qu’à la perfection de l’individuale muliébrité. Platon ne sait en quel rang il les doit colloquer ou des animaux raisonnables ou des bêtes. »

À ce propos, Ponocrates fait un conte qu’on faisait déjà avant Rabelais et qu’on a refait après, et que vous connaissez sans doute. Le voici :