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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/153

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craint et les brave ; il les brave en les craignant ; il les craint en les bravant. Avant de dire son mot, il fait le fou. Il enveloppe ses audaces dans des bouffonneries. Il amasse dans son texte toutes les obscurités, comme la nymphe surprise au bain trouble l’eau de la fontaine.

Panurge consulte ensuite sur le sujet qui lui tient au cœur un astrologue nommé Her Trippa, que, à cause de la ressemblance des noms, on identifie à Corneille Agrippa, astrologue et médecin, auteur d’un traité sur l’incertitude et la vanité des sciences. Her Trippa lui prédit que sa femme le trompera. Consultation savante ; tous les modes de divination y sont énumérés ; les noms succèdent aux noms interminablement ; on s’y noie et Panurge ne se pardonne pas d’avoir perdu son temps dans la tanière de ce diable enjuponné. Sur le conseil de Frère Jean, il écoute ce que disent les cloches. Mais il n’arrive pas à savoir si elles disent : Marie-toi, marie-toi, marie-toi, ou : Marie point, marie point, marie point.

Toute divination ayant été éprouvée vaine et décevante, le noble Pantagruel appela un théologien, un médecin, un légiste et un philosophe, pour mettre un terme aux perplexités de Panurge.

Le théologien, Père Hippothadée, consulté le premier, parla fort bien. À cette demande de Panurge : « Serai-je trompé ? » il répondit : « Nenni, mon ami, s’il plaît à Dieu. » D’où