Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/15

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


François Rabelais trouva, dit-on, à Seuilly un jeune moine nommé Buinart, qui l’étonna par un sens droit et simple, un cœur inébranlable et un poing robuste, et dont il devait faire plus tard Frère Jean des Entommeures en ajoutant certes beaucoup à la nature. Mais, s’il est vrai que Frère Buinart se fâcha de la peinture, c’est qu’il était trop simple d’esprit, ou qu’il en jugeait par ouï-dire et sur l’avis des malveillants.

L’écolier, au sortir de Seuilly, entra comme novice dans le couvent de la Baumette, fondé par le roi René. Il y rencontra le jeune rejeton d’une vieille souche tourangelle, Geoffroy d’Estissac, qui devint évêque de Maillezais à vingt-trois ans, et deux des frères du Bellay, dont l’un était évêque et l’autre capitaine. Il se fit juger favorablement par tous trois et les prévint grandement en sa faveur.

Rabelais acheva son noviciat chez les Cordeliers de Fontenay-le-Comte, passa par tous les degrés de la cléricature et reçut les ordres vers 1520. Parmi tous ces moines qui, dit-on, faisaient vœu d’ignorance encore plus que de religion, il s’adonna avec ferveur aux études et, s’il est vrai, comme il semble, que plus tard, en peignant l’homme studieux, il se peignit lui-même, nous ne pouvons douter que sa jeunesse n’ait été chaste et recueillie, tout à fait exemplaire. Et vraiment on se plaît à reconnaître le jeune frère François, dans ce tableau si riche et si frais, qui orne un des chapitres du troisième livre de Pantagruel :