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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/149

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fière et la Delphique plus noble ; mais celle de Panzoust est plus pittoresque. Ses gestes et ses paroles effrayèrent Panurge qui la prit pour une démoniaque invocatrice de diables, et il ne pensa plus qu’à se sauver. Car il avait peur des diables, surtout parce que les diables attiraient les théologiens, qui lui inspiraient un raisonnable effroi. Finalement, la sibylle traça son oracle sur huit feuilles de sycomore qu’elle jeta au vent. Panurge et ses compagnons s’essoufflèrent à les rattraper. Malheureusement, ces vers étaient obscurs et susceptibles d’interprétations diverses. Pantagruel y vit que Panurge serait trompé et battu par sa femme. Panurge qui ne voulait être ni trompé ni battu n’y trouva naturellement rien de semblable. Cela est humain. Nous donnons volontiers aux choses un sens qui nous flatte. Enfin, comme le dit Pantagruel, ce qu’il y avait de plus clair, c’est que l’oracle n’était pas clair. Le bon géant fut d’avis de consulter un muet, les oracles par gestes et par signes étant, dit-on, les plus véritables. Un muet, qu’on appela, fit des signes ; mais il fut impossible de les comprendre. Pantagruel proposa alors d’interroger un homme vieux, décrépit, près de sa fin. Le sage prince prêtait en effet aux mourants un esprit sibyllin. « Les anges, disait-il, les héros, les bons démons (selon la doctrine platonicienne) voyant les humains proches de la mort, hors des troubles et sollicitations terrestres, les saluent, les consolent,