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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/145

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— Ne vous mariez donc point.

— Mais, seul et non marié, personne ne se soucie de moi et ne me porte un amour tel qu’on dit être l’amour conjugal. Et, si, par aventure, je tombais malade, je serais traité à rebours. Le sage dit : « Là où n’est femme, j’entends mère de famille et en mariage légitime, le malade est en grand danger… »

— Mariez-vous donc, de par Dieu !

— Mais si, étant malade et impotent, ma femme, non seulement ne me secourait pas au besoin, mais encore se moquait de ma calamité, et, qui pis est, me volait, comme j’ai vu souvent advenir ?

— Ne vous mariez donc pas.

— Voire, mais je n’aurais jamais autrement des fils et des filles légitimes, qui allassent perpétuer mon nom, auxquels je laisse mon héritage et avec lesquels je me puisse égayer, comme je vois journellement votre bon père faire avec vous.

— Mariez-vous donc, de par Dieu !

Plaisante consultation, dont on trouve déjà l’idée dans la littérature du moyen âge et que Molière a imitée dans son Mariage forcé. Peut-on mieux dire que ce sage Pantagruel ? Il y a de bons mariages, il y en a de mauvais. Dès lors, quel conseil donner ?

— Consultons, dit Pantagruel, les sorts virgiliens et homériques.

Cela consiste, nous avons déjà eu occasion de