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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/143

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mais toute une philosophie de l’homme et de la nature.

« Les dettes, dit-il, sont comme le lien des cieux et de la terre et le lien des hommes entre eux. Imaginez un monde où les êtres ne se devraient rien, ne se donneraient rien. Là, entre les astres ne sera cours régulier quelconque ; tous seront en désarroi… La lune restera sanglante et ténébreuse. À quel propos lui départirait le soleil sa lumière ? Il n’y était en rien tenu… En ce monde déréglé, rien ne prêtant, rien n’empruntant, vous verrez une conspiration plus pernicieuse que n’a figuré Ésope en son apologue… L’âme tout indignée prendra sa course à tous les diables… Au contraire, imaginez-vous un monde auquel chacun prête, chacun doive… Quelle harmonie sera parmi les mouvements réguliers des cieux ! Quelle sympathie entre les éléments ! Comme nature se délectera en ses œuvres et productions, Cérès chargée de blés, Bacchus de vins, Flore de fleurs, Pomone de fruits. Entre les humains paix, amour, dilection, fidélité, repos, banquets, festins, joie, liesse… »

Pantagruel ne se laisse pas convaincre par ces beaux discours. « Prêchez et patrocinez d’ici à la Pentecôte, répondit-il à Panurge, vous serez ébahi comme vous ne m’aurez rien persuadé… Je me charge de payer vos dettes ; seulement n’en faites plus dorénavant. »

Pantagruel est un roi libéral et magnifique, mais ennemi des folles prodigalités.