Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/14

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


relations avec la famille du jeune François. Que ses parents l’y envoyassent pour l’y faire moine et voulussent consacrer au Seigneur leur dernier-né, nous l’ignorons. Nous ne savons pas même si sa mère n’était pas morte en lui donnant le jour, comme Badebec vint à trépasser en mettant Pantagruel au monde. Mais on ne peut s’empêcher de se rappeler, à ce sujet, ce propos du moinillon de Seuilly devenu vieux, sur ces mères qui destinent dès le bas âge leurs enfants au cloître : « Je m’ébahis, dit-il, qu’elles les portent neuf mois en leurs flancs, vu qu’en leurs maisons elles ne peuvent les porter ni souffrir neuf ans, non pas sept le plus souvent, et, leur mettant une aube seulement sur la robe et leur coupant je ne sais combien de cheveux sur le sommet de la tête, et avec certaines paroles, les font devenir oiseaux. » Par oiseaux, il entend les moines. Et il donne la raison qui, le plus souvent, meut les parents à mettre leurs enfants en religion. C’est que les moines, étant morts au monde, se trouvent incapables d’hériter. « Aussi, dit-il, quand, dans quelque noble maison, il y a trop d’enfants soit mâles, soit femelles, de sorte que, si chacun recevait sa part de l’héritage paternel, comme la raison le veut, la nature l’ordonne et Dieu le commande, les biens de la maison seraient épuisés, les parents se déchargent de leurs enfants en les faisant clergaux. » Clergaux, le mot est particulier à notre auteur, mais il s’entend de soi.