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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/126

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Navarre, je l’eusse fait mettre en prison pour donner exemple à tous ces écriveurs de nouvelles. Vous m’en manderez ce qu’il vous plaira, m’en remettant à vous d’en faire entendre au roi ce que bon vous en semblera. »

Quoi qu’en dise le cardinal de Tournon, Rabelais était au cardinal du Bellay, ambassadeur du roi, et, par conséquent, au roi lui-même ; il n’était pas à la reine de Navarre ; mais il se peut qu’il se réclamât d’une princesse si secourable, recours assuré des humanistes nécessiteux ou persécutés. Elle était, dit un de ses serviteurs, le port et le refuge de tous les désolés. Nous ne savons pas si les griefs du cardinal de Tournon étaient fondés ; ce qui est certain, c’est que l’affaire n’eut pas de suites fâcheuses pour Rabelais que nous voyons, en 1538, accompagner François Ier à Aigues-Mortes et assister à ces entrevues qui, mettant en présence l’empereur et le roi, rangèrent celui-ci dans le parti catholique espagnol, au grand dommage des humanistes, qui étaient tous plus ou moins réformateurs et luthérisaient à la manière française et légère. Un dévouement exclusif à la cause de l’orthodoxie romaine anima la conduite de François Ier et de Charles-Quint réconciliés.

Rabelais revint à Lyon avec le roi son maître à la fin de juillet 1538.

Il est temps de révéler un fait longtemps ignoré, mais certain, de sa vie privée. François Rabelais