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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/123

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de faire autres murailles. D’ailleurs qui la voudrait emmurailler comme Strasbourg, Orléans ou Ferrare, il ne serait possible, tant les frais et dépenses seraient excessifs.

— Voire ! mais, dit Panurge, il est bon d’avoir quelque visage de pierre quand on est envahi de ses ennemis, ne fût-ce que pour demander qui est là-bas.

Le cardinal du Bellay mettait en pratique les sages maximes de Panurge et s’efforçait de donner à Paris visage de pierre pour accueillir les Impériaux. Il fortifia la ville d’un rempart et de boulevards et fit entrer des provisions.

Mais le péril qu’on redoutait cessa de lui-même ; l’armée impériale fondit, épuisée par la famine et la dysenterie. Le siège de Péronne fut levé et presque en même temps Montmorency obligea Charles-Quint à repasser le Var. On peut être sûr que ces événements ne furent pas indifférents à Rabelais qui était porté d’un grand amour pour la France et son roi et en qui le sentiment de la gloire militaire soufflait par larges bouffées.

L’évêque de Paris était abbé de l’abbaye bénédictine de Saint-Maur-des-Fossés. Nous savons que Rabelais avait obtenu, par un bref du Pape, la permission d’être moine dans un monastère de l’ordre de saint Benoît où l’on voudrait bien le recevoir. Il fut agréé comme religieux de Saint-Maur et résida dans cette maison. Mais l’abbaye de Saint-Maur venant d’être érigée en collégiale