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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/122

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en France par le Nord, prenaient Guise, assiégeaient Péronne et marchaient sur Paris. Le cardinal Jean du Bellay, évêque de cette ville, nommé, par ordonnance du 21 juillet 1536, lieutenant général du roi, travaillait, comme autrefois l’évêque Synésius dans la Pentapole, à mettre en état de défense sa ville épiscopale. Sa tâche était difficile, car les murailles de Paris ne valaient rien. Nous avons sur ce point l’autorité du Pantagruel. En effet, il y est dit, au xve chapitre du Livre II, que Panurge, les considérant avec dérision, en discourut avec une méprisante ironie.

— Oh ! s’écria-t-il, que fortes elles sont et bien en point pour garder les oisons en mue ! Par ma barbe ! Elles sont compétentement méchantes pour une telle ville comme celle-ci. Car une vache avec sa queue en abattrait plus de six brasses.

— Ô mon ami, lui répondit Pantagruel, sais-tu ce que dit Agésilas, quand on lui demanda pourquoi la grande cité de Lacédémone n’était point ceinte de murailles ? Montrant les habitants et citoyens de la ville tant bien experts en discipline militaire et tant forts et bien armés : « Voici, dit-il, les murailles de la cité. » Signifiant qu’il n’est muraille que de bras, et que les villes et cités ne sauraient avoir muraille plus sûre et plus forte que la vertu des citoyens et habitants. Ainsi cette ville est si forte par la multitude du peuple belliqueux qui est dedans, qu’ils ne se soucient