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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/121

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Ce sentiment du souverain pontife se comprend du reste. Rome venait d’être mise à sac et dépouillée de toutes ses richesses ; on s’attendait à ce que, si l’Empereur et ses reîtres s’y abattaient, il ne restât plus rien dans la malheureuse cité.

« On a commencé en cette ville, poursuit Rabelais, le gros apparat pour le recevoir. Et l’on a fait, par le commandement du pape, un chemin nouveau par lequel il doit entrer. Pour dresser et aplanir ce chemin, on a démoli et abattu plus de deux cents maisons et trois ou quatre églises, ras de terre, ce que plusieurs interprètent en mauvais présage. »

Cependant l’Empereur approchait, et le cardinal du Bellay ne se sentait plus en sûreté à Rome. Des officieux l’avisaient de se garder du fer et du poison ; croyant sa vie menacée et résolu à échapper par la fuite à ce mortel danger, il fait répandre par ses médecins le bruit d’une migraine qui le retient au lit, il saute à cheval et fuit seul par la Romagne, Bologne, Montcalieri, jusqu’en France. Les domestiques du cardinal, pendant deux jours, ignorèrent son départ. Rabelais qui n’était pas sans doute mieux instruit que les autres rejoignit son maître à Paris.

À cette époque, Charles-Quint, s’efforçant de réaliser des projets longuement caressés, passait le Var et entrait en Provence avec cinquante mille hommes, pendant que les Impériaux pénétraient