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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/120

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à mesure qu’ils se produisaient. Et, pour ce qui concernait le roi de France, il avait des sources particulières d’information et, si l’on en croit certains bruits, moins de discrétion parfois qu’il n’en faut en ces sortes d’affaires. Charles-Quint, qui avait fait cette année-là son expédition de Tunis, rentré vainqueur en Sicile, préparait la conquête de la France et formait des desseins à la Picrochole. Sachant que les prophéties amènent parfois l’accomplissement des faits qu’elles annoncent, ses partisans lançaient toutes sortes de pronostications conformes aux desseins de l’Empereur, et un certain livre, plein de ces oracles, soulevait dans Rome une vive émotion. Rabelais, qui l’avait sous la main, en envoya un exemplaire à M. de Maillezais. « De ma part, dit-il en annonçant cet envoi, je n’y ajoute foi aucune. Mais on ne vit oncques Rome tant adonnée à ces vanités et divinations comme elle est de présent. »

Cependant Charles-Quint, qu’on attendait à Rome, se tenait à Naples, nouant des alliances, levant des troupes, et recueillant de l’argent. Rabelais instruit l’évêque de Maillezais que l’Empereur a remis sa venue jusqu’à la fin de février, et il ajoute :

« Si j’avais autant d’écus comme le pape voudrait donner de jours de pardon à quiconque la remettrait jusqu’à cinq ou six ans d’ici, je serais plus riche que Jacques Cœur ne fut oncques. »