Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/118

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fournit des avis sur le temps de semer les graines qu’il expédie, et les soins à donner à la plante. Il offre des œillets d’Alexandrie, des violes matronales, et aussi d’une herbe dont les Italiens tiennent en été leurs chambres fraîches et qu’ils appellent belvedere. « Mais, ajoute-t-il, ce serait plutôt pour madame d’Estissac. » Il veut parler de la jeune Anne de Daillon, mariée à Louis d’Estissac, neveu de l’évêque. En retour, il demande quelques écus. L’ambassadeur du roi de France était fort gueux. Son médecin, comme on peut penser, l’était encore bien davantage. Rabelais n’avait jamais d’argent ; c’était sa maladie, et tous les sentiments qu’il prête à cet égard à Panurge, il les a éprouvés. Il demande volontiers aux grands, estimant que c’est les obliger que de les quêter.

Un jour, il écrit à l’évêque de Maillezais :

« Si mon argent est court, je me recommanderai à vos aumônes. » C’est ce qu’il ne manque pas de faire peu de jours après : « Je suis contraint de recourir encore à vos aumônes. Car les trente écus qu’il vous plut me faire ici livrer sont quasi venus à leur fin. Et pourtant je n’en ai rien dépensé en méchanceté ni pour ma bouche. Car je bois et mange chez M. le cardinal du Bellay ou M. de Mâcon. Mais en ces petites barbouilleries de dépêches et louage de meubles de chambre et entretien d’habillement s’en va beaucoup d’argent, encore que je m’y gouverne tant