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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/117

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te recommandent, touché par tes supplications, nous t’absolvons, etc. »

Mais gardons-nous bien de chercher dans ce texte la pensée du Saint-Père sur l’auteur du Pantagruel. C’est style de chancellerie. Ce qui dut être plus sensible à Frère François que ces témoignages de ses mérites et de ses vertus, c’est que, contre l’usage, le pape lui octroya gratis et sans dépens la composition des bulles d’absolution. Il n’en coûta à l’impétrant que l’expédition, c’est-à-dire, comme il le dit lui-même irrévérencieusement, les honoraires des référendaires, procureurs et autres tels barbouilleurs de parchemin.

De Rome, Rabelais entretenait avec l’aimable évêque de Maillezais, Geoffroy d’Estissac, une correspondance dont il nous reste quelques lettres. Le 29 novembre 1535, il mande à l’évêque qu’il lui envoie des graines de Naples, pour le jardin de Ligugé, les meilleures, et desquelles le Saint-Père fait semer en son jardin secret du Belvédère. Il lui envoie aussi de la pimprenelle. Et, s’il n’y joint point du nasicord et de l’arrouse, c’est qu’il les trouve trop dures et bien moins aimables à l’estomac que les espèces cultivées à Ligugé. On est touché de voir Maître François travailler ainsi à enrichir ces jardins, dont, pauvre moine, il avait joui, et pourvoir de légumes cette table où il s’était assis alors qu’il était en butte aux ressentiments des farfadets. Il