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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/115

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sur les perrons et aux entrées des salles. Or, un jeune Français, qui devait se faire plus tard une renommée comme cosmographe, André Thévet, se trouvant à Rome durant l’ambassade de Jean du Bellay, allait par la ville, examinant les sculptures avec une ardeur passionnée. Un jour que sa curiosité l’avait entraîné dans la cour et dans les jardins d’un seigneur et qu’il s’abîmait dans la contemplation des vestiges d’un si grand passé, les laquais, comprenant mal ce qui l’attirait dans une demeure privée, le prirent pour un espion. Ils lui auraient fait un mauvais parti si le jeune Thévet ne s’était réclamé de Rabelais auprès du maître du logis. Rabelais présenta son compatriote à ce seigneur comme un grand voyageur et un amateur d’antiquités. Et dès lors Thévet eut ses entrées dans toutes les maisons romaines. On voit par ce seul fait que le médecin du cardinal du Bellay avait du crédit auprès de la noblesse d’Italie.

Rabelais fréquentait, dans la Ville Éternelle, les prêtres venus d’Orient. L’évêque de Cérame, qui lui donna quelques leçons d’arabe, abusa de la crédulité de son élève, qui n’était pourtant pas très ingénu, en lui persuadant que le bruit des cataractes du Nil s’entend à une distance de plus de trois journées, c’est-à-dire comme de Paris à Tours.

Rabelais n’avait pas en religion une situation régulière. De peur des farfadets, comme il disait,