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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/111

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L’évêque avec sa suite se mit en route au mois de janvier 1534, et, pressés par la rigueur du temps et la nécessité des affaires, ils s’arrêtèrent à peine dans les villes qui se trouvaient sur leur parcours. Rabelais explora Rome avec deux studieux compagnons, Claude Chapuis, bibliothécaire du roi et poète français, et Nicolas Leroy, juriste, un peu luthérien. On sent souvent dans la fréquentation de Rabelais une odeur de fagot. Il entreprit une description complète de la Ville Éternelle dont il commençait à connaître jusqu’au moindre vicolo, mais il renonça à ce travail quand il apprit qu’un antiquaire milanais nommé Marliani s’en était chargé et venait de le mener à bonne fin.

Cependant Jean du Bellay déployait en vain la finesse de son esprit et l’abondance de son éloquence. Il ne put gagner les cardinaux à la cause du roi d’Angleterre. Il parla bien, et, si l’on en croit Rabelais, il parla mieux que Cicéron ; le consistoire n’en conclut pas moins à la validité du mariage d’Henri VIII. C’était provoquer le schisme qui dure encore. Sans être personnellement mêlé aux négociations, Rabelais assista à la séance où le pape et le sacré collège discutèrent cette question, petite en elle-même, et si grande par ses conséquences ; il s’y intéressa vivement ; car il était aussi curieux des affaires de son temps que des antiquités grecques, latines et hébraïques.