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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/103

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en voyant Philippe de Macédoine occupé dans un coin à recoudre, pour quelque argent, de vieilles savates. On en voyait encore beaucoup d’autres demander l’aumône dans les carrefours, des Xerxès, des Darius, des Polycrates…

PHILONIDE

Ce que tu nous dis là des rois est étonnant et presque incroyable. Mais que faisaient Socrate, Diogène et nos autres sages ?

MÉNIPPE

Socrate se promenait aussi là-bas, discutant avec tout le monde. Près de lui étaient Palamède, Ulysse, Nestor et tous les morts aimant à bavarder. Les jambes de Socrate étaient encore enflées par l’effet du poison qu’il avait bu. Quant au brave Diogène, il est voisin de l’Assyrien Sardanapale, du Phrygien Midas et de quelques autres riches. Lorsqu’il les entend gémir au souvenir de leur fortune passée, il rit, il est en belle humeur. Le plus souvent, il se couche sur le dos et chante si fort, d’une voix rauque et sauvage qu’elle couvre les plaintes de ces malheureux : grande désolation pour ces morts qui ont pris la résolution d’aller se loger loin du voisinage insupportable de Diogène.

De l’original à la copie, quelle différence, quel contraste ! Rabelais ne se limite pas, ne s’arrête