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dans une immobilité stupide, tantôt elle dévorait des livres de dévotion. Mordue par ses propres chimères, elle se tordait dans d’indicibles souffrances.

L’arrestation de sa sœur, le supplice de plusieurs de ses amis, guillotinés comme conspirateurs, et d’incessantes alertes achevèrent de ruiner sa constitution ébranlée. Elle devint d’une maigreur effrayante. Les tambours qui appelaient tous les jours les sections aux armes, les bandes de citoyens en bonnet rouge et armés de piques qui défilaient devant ses fenêtres en chantant le Ça ira ! la jetaient dans une épouvante que suivaient des alternatives de torpeur et d’exaltation. Des troubles nerveux se manifestèrent avec une force terrible et produisirent des effets étranges.

Amélie eut des songes dont la lucidité étonna ceux qui l’entouraient.

Errant la nuit, éveillée ou endormie, elle entendait des bruits lointains, des soupirs de victimes. Parfois, debout, elle étendait le bras et, montrant dans l’ombre quelque chose d’invisible, elle prononçait le nom de Robespierre.