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tresse de Roland Corran de Runcoadou, lui donne, à Plouézoc’h, une fille illégitime. En 1620, à Lanmeur, demoiselle Fianette Le Borgne met au monde un fils dont, par exception, le père reste ignoré.


Beaucoup de filles trompées et rendues mères se débarrassaient du fruit de leurs amours illicites, non en le supprimant — l’infanticide étant alors inexorablement puni de mort — mais en le confiant à la charité publique, de préférence en l’exposant secrètement sous le portail d’une église. On voit dans les anciens comptes des paroisses combien étaient rares celles qui n’avaient pas à leur charge l’entretien de quelque enfant trouvé, dont il faillit payer la nourriture et les vêtements.

Au moyen de monitoires, les fabriques s’efforçaient de découvrir le père et la mère dénaturés pour leur restituer leur rejeton, mais ceux-ci conservaient un prudent incognito dont on n’arrivait que très rarement à percer le mystère. En 1659. la paroisse de Garlan, ainsi grevée d’un enfant abandonné, imagine de s’en débarrasser en le plaçant à l’hôpital de Morlaix. Elle met habilement le marché en main aux administrateurs : ou bien ils accepteront l’enfant, ou bien la quête annuelle qu’on fait dans la paroisse au profit de leur établissement sera désormais consacrée tout entière à l’entretien du petit délaissé.

Dans les villes, il n’en allait pas différemment. À Morlaix, en 1607, on trouve une petite fille déposée dans la chapelle de Sainte-Barbe, sur le cimetière de Saint-Melaine, et on la baptise Barbe. L’année suivante, une autre fille exposée à Saint-Martin reçoit les noms naïfs de Martine Martin. En 1631, dans la même paroisse, un garçon est déposé à la porte de Vincent Le Gat, comme pour lui en attribuer la paternité. En 1655, Messire Marcelin de Varennes, vicaire perpétuel de Saint-Melaine, est parrain d’un petit Marcelin « trouvé exposé au porchet, sur la table des offrandes ». À Saint-Mathieu, en 1662, quelques personnes de la Grand’Rue présentent un enfant contenu dans un panier déposé pendant la nuit sur la boutique du sieur des Manières. Le pauvre petit être est enveloppé d’une serviette dans un coin de laquelle on a noué un bout de bougie et une poignée de sel, ingénieuse façon de réclamer pour lui le baptême…

Les registres de Morlaix contiennent divers actes de naissance de bâtards dont les pères appartiennent à l’aristocratie. En 1595, Marguerite Mouster attribue sa fille au sieur de La Guichardière, quelque officier peut-être des troupes royales. En 1597, Françoise Madec désigne pour auteur de la sienne Yves de Kerret. En 1640, le vicaire de Saint-Martin baptise bravement du nom d’Ollivier de Kergariou d’un enfant né des relations coupables d’une de ses paroissiennes, Jeanne Le Goff, et de noble Olivier de Kergariou sieur de Portzamparc, en Plounévez-Moëdec.

En 1644, Marguerite Balère a une fille du sieur de Penvern Lesquiffiou, c’est-à-dire de François Le Borgne, cadet de Lesquiffiou un vaillant capitaine au régiment de La Meilleraye, qui s’entendait, on le voit, à divers genres de conquêtes. En 1645 naît des œuvres de « Monsieur le baron de L’Isle, au dire de la mère », une fille illégitime de Marie Maistre. S’agit-il du baron de L’Isle-Beuhet, gouverneur de Concarneau à cette époque ?

Parmi ces victimes, il y en avait de plus ou moins intéressantes, Marie Inart, dite La Gamachen, mère en 1643 du fait de N… Péchin, devait être une « professionnelle » de même que cette