Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/85

Cette page a été validée par deux contributeurs.


exécutant sans délai. Désile n’avait pas les talons tournés, que la voilà qui prend sa cape et ses patins, et court à l’Hôtel-de-Ville, où elle avait des amis.

Au conseil de ville, on lit la lettre du roi, on la relit ; elle était formelle ; la signature, le sceau, rien n’y manquait. Voilà des municipaux bien empêchés, et non sans sujet. Ce Louis XI était un roi d’une volonté si absolue, d’une opiniâtreté si tenace ! Qui pouvait dire jusqu’où irait sa rancune ? Aussi, avant d’arriver au fait, MM. les échevins et conseillers de ville discoururent fort et biaisèrent longtemps. Celui-ci voulait qu’on eût recours à l’appui du seigneur d’Estelan ; celui-là, que l’on écrivît à M. le bailli ; cet autre, à monseigneur le patriarche-évêque de Bayeux. Vient le tour de Robert Delafontaine, qui, donnant plus franchement au but, s’en va dire que « la prière du roi valoit commandement, et qu’il en falloit passer par où Sa Majesté vouloit. » Pour le coup, Roger Gouël n’y put plus tenir. Quand il s’agissait de liberté, ce Roger Gouël n’entendait pas raillerie, et, par malheur pour Désile, c’était un des influents du conseil. « Eh quoi, s’écria-t-il, le Roi n’a-t-il pas confirmé la charte des Normands ? Où est l’article qui lui permet de disposer de la main de nos filles ? Les rois d’Angleterre, qui nous ont gouvernés pendant trente ans et nous ont tant grevés, n’eussent