Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/77

Cette page a été validée par deux contributeurs.


mauvaise mine, arrivé le matin au galop et à grand bruit de coups de fouet, était tombé, comme des nuées, chez maître Jehan le Tellier, l’un des plus gros marchands de la rue, et avait demandé en mariage Alice, sa fille unique, en vertu d’une lettre du roi dont il était porteur. Le fait était certain, car c’était la chambrière de Jehan le Tellier qui l’avait dit confidentiellement à plusieurs autres chambrières du quartier, en emplissant sa cruche à la fontaine du Béfroi. Or, depuis la fondation de la ville, pareille chose n’avait été ni vue ni ouïe, ni même imaginée comme possible. Aussi y eut-il une grande explosion de cris, de plaintes, d’exclamations diverses, qui exprimaient la surprise, le mécontentement de tous. Et si les hommes murmuraient, croyez que les dames n’étaient point en reste. « Depuis quand le roi se mêle-t-il de l’établissement de nos filles ? disait l’une ; qu’il marie, s’il peut, sa fille Jeanne la contrefaite, et nous laisse pourvoir les nôtres. » — « Vous verrez, disait une seconde, que ce messager de malheur (que le ciel confonde) sera quelque garnement de bas-lieu, exempt de bien faire par privilège spécial ; car le roi se sert de telles gens plus volontiers que des autres, moyennant qu’ils le servent fidèlement. » — « C’est la cause de toutes les mères, s’écriait une troisième ; si ce coup d’essai réussit, comptez que nous n’aurons