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saturnales, le roi Jehan Le Gras fut solennellement reconduit à sa boutique, bien fatigué, il l’avouait, d’une couronne qu’il n’avait portée qu’un jour. Las, eux-mêmes, de toutes ces violences et de tous ces meurtres, les rebelles avaient besoin de respirer quelques instants ; les gens paisibles purent donc, enfin, goûter un repos qu’ils ne connaissaient plus depuis trois jours.

Quel beau jour c’était, au moyen-âge, que le samedi-saint, veille de la fête de Pâques, cette grande solennité des chrétiens ! Après six longues semaines de privation, de tristesse et de pénitence, le monde chrétien régénéré semblait renaître et sortir de la tombe avec son divin rédempteur. Clergé, fidèles, riches, pauvres, grands et petits, allaient quitter les vêtements de deuil pour les habits de printemps et de fête. De toutes les campagnes voisines, les populations accouraient en foule à la métropole, pour célébrer la Pâque dans la grande église de Rouen. Enfin, une nouvelle année allait naître, car les années commençaient à Pâques ; le cierge pascal allumé était le signal de la nouvelle ère ; et ce signal était accueilli par des cris de joie.

Le samedi-saint de l’année 1381 trouva la ville de Rouen dans des dispositions bien différentes de celles que nous venons de décrire. Trente-huit jours s’é-